{"id":2400,"date":"2021-09-23T10:54:14","date_gmt":"2021-09-23T08:54:14","guid":{"rendered":"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/?p=2400"},"modified":"2021-09-23T10:54:15","modified_gmt":"2021-09-23T08:54:15","slug":"entretien-avec-claire-jeantils","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/index.php\/2021\/09\/23\/entretien-avec-claire-jeantils\/","title":{"rendered":"Entretien avec Claire Jeantils"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-1 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"300\" src=\"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/jeantils_corr.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2006\" srcset=\"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/jeantils_corr.jpg 300w, https:\/\/irn-medical-humanities.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/jeantils_corr-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p><strong>Claire Jeantils<\/strong> est doctorante contractuelle au CNRS et \u00e0 l\u2019UMR Thalim o\u00f9 elle pr\u00e9pare une th\u00e8se de litt\u00e9rature fran\u00e7aise dans le champ des humanit\u00e9s m\u00e9dicales sous la direction d\u2019Alain Schaffner et la co-direction de Catriona Seth.<\/p>\n\n\n\n<p>Doctorante invit\u00e9e \u00e0 la Maison fran\u00e7aise d\u2019Oxford pour un s\u00e9jour de dix mois en 2021, elle est aussi \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un r\u00e9seau doctoral au sein de l\u2019IRN Humanit\u00e9s M\u00e9dicales.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pouvez-vous nous pr\u00e9senter succinctement votre projet de doctorat&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Merci de me donner l\u2019opportunit\u00e9 de cet entretien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ma recherche s\u2019inscrive dans le courant des humanit\u00e9s m\u00e9dicales, elle prend sa source en litt\u00e9rature&nbsp;: j\u2019analyse les repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l\u2019\u00e9pilepsie dans des textes fran\u00e7ais et britanniques depuis les ann\u00e9es 1980. \u00c0 partir de cette \u00e9tude approfondie, je propose une appr\u00e9hension litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9pilepsie ce qui permet d\u2019envisager l\u2019usage de la m\u00e9decine narrative dans le suivi th\u00e9rapeutique. D\u2019un point de vue litt\u00e9raire, l\u2019id\u00e9e est de quitter le clich\u00e9 de l\u2019\u00e9pilepsie en litt\u00e9rature, li\u00e9e \u00e0 Dosto\u00efevski ou \u00e0 Flaubert, et de pr\u00e9senter des textes r\u00e9cents qui sont plus d\u00e9taill\u00e9s d\u2019un point de vue m\u00e9dical et scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un tel corpus est qu\u2019il peut aider les patients \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 des ressources, mais aussi \u00e0 des repr\u00e9sentations ou \u00e0 des identifications li\u00e9es \u00e0 leur maladie. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019inscrire le sujet dans la contemporan\u00e9it\u00e9 \u00e9tant donn\u00e9 que cette p\u00e9riode est plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 des patients, de leurs probl\u00e9matiques et aussi des traitements auxquels ils ont acc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, ce sujet permet de mettre en exergue les difficult\u00e9s auxquelles nos outils litt\u00e9raires font face lorsqu\u2019ils abordent des sujets m\u00e9dicaux. Les crises d\u2019\u00e9pilepsie cr\u00e9ent en effet des sensations d\u2019exp\u00e9riences parall\u00e8les, uniques et nous avons besoin d\u2019outils litt\u00e9raires pour les comprendre. Malheureusement ces derniers sont relativement fix\u00e9s, dans la fiction ou dans la non fiction&nbsp;; or nous sommes avec l\u2019\u00e9pilepsie dans un espace de l\u2019entre-deux. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter avec nos propres outils pour comprendre ces objets textuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de narration peut permettre de comprendre l\u2019\u00e9pilepsie d\u2019une fa\u00e7on m\u00e9ta-litt\u00e9raire. En ce sens, ma recherche s\u2019inscrit dans les <em>Critical Medical Humanities<\/em>, un courant assez r\u00e9cent en humanit\u00e9s m\u00e9dicales qui apporte un regard critique sur la discipline qui ne se r\u00e9sume plus alors \u00e0 une r\u00e9flexion en humanit\u00e9s dans un contexte de soin donn\u00e9 (et plus pr\u00e9cis\u00e9ment hospitalier). Cette r\u00e9flexion va au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment en suis-je arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pilepsie&nbsp;? J\u2019ai tout d\u2019abord d\u00e9couvert le mouvement narratif dans les humanit\u00e9s \u00e0 travers l\u2019historiographie. Apr\u00e8s maintes recherches, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que ce mouvement narratologique avait aussi eu lieu en m\u00e9decine \u00e0 travers la m\u00e9decine narrative, une technique m\u00e9dicale n\u00e9e dans les ann\u00e9es 2000. En m\u2019y plongeant davantage, j\u2019ai d\u00e9couvert son utilit\u00e9, ses enjeux, mais aussi les probl\u00e9matiques auxquelles elle faisait face aujourd\u2019hui. Cela m\u2019a donn\u00e9 envie de pers\u00e9v\u00e9rer et j\u2019ai rapidement su que je voulais tester cette technique&nbsp;\u2013&nbsp;d\u2019abord sur le plan litt\u00e9raire&nbsp;\u2013&nbsp;dans le cadre d\u2019une application dans le suivi th\u00e9rapeutique d\u2019une maladie neurologique ou psychiatrique, car je me doutais que cela pouvait troubler un rapport \u00e0 la narration de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant de l\u00e0, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que l\u2019hyst\u00e9rie avait charri\u00e9 beaucoup de clich\u00e9s dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires et \u00e9tait aujourd\u2019hui appr\u00e9hend\u00e9e de fa\u00e7on plus compl\u00e8te, puisque nombre de mes coll\u00e8gues ont travaill\u00e9 sur le sujet. Je souhaitais au contraire me concentrer sur un sujet qui n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 trait\u00e9, en tout cas pas dans un contexte contemporain. Le choix de l\u2019\u00e9pilepsie m\u2019a permis de mieux conna\u00eetre la maladie puisqu\u2019il a fallu durant ma deuxi\u00e8me ann\u00e9e de Master lire des ouvrages m\u00e9dicaux, m\u2019imbiber de ce vocabulaire tr\u00e8s pr\u00e9cis pour tenter de comprendre le fonctionnement de cette maladie. L\u2019id\u00e9e \u00e9tant de pouvoir vraiment comprendre ce qui se passait dans les textes et pourquoi. C\u2019est cela qui est int\u00e9ressant du point de vue de la recherche&nbsp;: on a besoin d\u2019\u00e9norm\u00e9ment de connaissances pour conna\u00eetre tous les enjeux du texte litt\u00e9raire, qu\u2019il soit fictionnel ou non.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours de jeune chercheuse&nbsp;? Quelle a \u00e9t\u00e9 votre formation&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>J\u2019ai fait une double licence de journalisme \u00e0 l\u2019\u00c9cole Sup\u00e9rieure de Journalisme de Lille et de lettres modernes \u00e0 Lille 3. Je me destinais au journalisme, mon envie \u00e9tait de rapporter des r\u00e9cits pour fournir de l\u2019information&nbsp;; et je crois que j\u2019en suis encore l\u00e0 aujourd\u2019hui. Mes premi\u00e8res exp\u00e9riences en r\u00e9daction m\u2019ont permis de prendre conscience que j\u2019avais besoin d\u2019allouer plus de temps \u00e0 l\u2019approfondissement de mes sujets et plus d\u2019espace aussi, d\u2019o\u00f9 le choix de continuer en litt\u00e9rature avec un Master de recherche. Le fait de pouvoir plonger dans un sujet, de prendre des directions qui parfois \u00e9taient fausses, puis de revenir, et enfin de d\u00e9fendre ce que l\u2019on a d\u00e9couvert m\u2019a beaucoup plu. C\u2019est de cette mani\u00e8re que j\u2019ai orient\u00e9 mes recherches au-del\u00e0 du Master.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Avez-vous des hypoth\u00e8ses de recherche fortes que vous souhaiteriez explorer dans cette th\u00e8se&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Je travaille beaucoup en lien avec les <em>Critical Medical Humanities<\/em>, qui ouvrent davantage le champ des possibles notamment en \u00e9tudiant la notion de r\u00e9cit \u00e0 laquelle les humanit\u00e9s m\u00e9dicales font r\u00e9f\u00e9rences et \u00e0 laquelle les litt\u00e9raires sont tr\u00e8s attach\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, lorsqu\u2019on observe des textes exprimant une exp\u00e9rience \u00e9pileptique, on se rend compte que le l\u2019id\u00e9e m\u00eame de <em>r\u00e9cit<\/em> en tant qu\u2019objet avec un <em>telos<\/em> propre, c\u2019est-\u00e0-dire une histoire fixe, n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre. Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des objets tr\u00e8s particuliers. D\u00e8s le Master 2, j\u2019ai constat\u00e9 que, dans le rapport au corps, cette fa\u00e7on d\u2019approcher l\u2019objet \u00ab&nbsp;r\u00e9cit&nbsp;\u00bb, ne fonctionne pas. Pour en d\u00e9celer les cl\u00e9s, j\u2019ai d\u00fb explorer le courant des <em>Critical Medical Humanities<\/em> pour comprendre que l\u2019\u00e9pilepsie transforme la fa\u00e7on dont la personne choisit de se narrer et la mani\u00e8re dont elle est per\u00e7ue par la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc pos\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se que le concept de r\u00e9cit tel que l\u2019on conna\u00eet n\u2019est pas applicable \u00e0 toutes les \u00e9pilepsies. Et il a fallu cr\u00e9er de nouvelles cat\u00e9gories pour mieux comprendre les objets auxquels j\u2019avais affaire. Ce faisant, cela m\u2019a permis de mieux me plonger dans les textes et de les accepter tels qu\u2019ils \u00e9taient et non tels que j\u2019aurais aim\u00e9 qu\u2019ils soient. De cette mani\u00e8re, j\u2019ai pu m\u2019ouvrir \u00e0 des textes peu accept\u00e9s par les litt\u00e9raires, notamment des objets testimoniaux dont on va traditionnellement discuter la litt\u00e9rarit\u00e9 en France. Ces textes sont int\u00e9ressants pour ma recherche et ont autant de place dans mon corpus que des objets fictionnels plus classiques, avec des auteurs davantage reconnus par exemple.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quelle est la m\u00e9thodologie que vous mettez en place pour un corpus si particulier&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Mon corpus est tout d\u2019abord compos\u00e9 de textes fran\u00e7ais et britanniques des ann\u00e9es 1980 \u00e0 nos jours, ce qui r\u00e9duit consid\u00e9rablement la masse textuelle. Je m\u2019autorise des incursions dans des textes testimoniaux qui repr\u00e9sentent une volont\u00e9 de se narrer de la part des patients, ce qui est tout \u00e0 fait int\u00e9ressant sur ce qu\u2019ils choisissent de dire ou ce qu\u2019ils ne disent pas. Apr\u00e8s plusieurs discussions avec des chercheurs en humanit\u00e9s m\u00e9dicales comme Marie Allitt de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait aucune raison d\u2019exclure les textes testimoniaux. C\u2019est d\u2019ailleurs un enseignement de la m\u00e9decine narrative et notamment de Rita Charon que d\u2019accepter le r\u00e9cit de l\u2019autre. Et si les m\u00e9decins l\u2019appliquent via la m\u00e9decine narrative, il me semblait important de l\u2019appliquer \u00e0 mon propre corpus de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corpus est donc tr\u00e8s vari\u00e9&nbsp;: il comprend de la fiction, de la non-fiction, mais aussi des textes qui sont dans des entre-deux, c\u2019est-\u00e0-dire des textes dont les narrateurs sont plus ou moins fiables. Il existe par exemple des textes o\u00f9 le narrateur h\u00e9site sur la r\u00e9alit\u00e9 de son \u00e9pilepsie et c\u2019est au lecteur d\u2019en d\u00e9cider&nbsp;: on se situe ici sur des niveaux de r\u00e9alit\u00e9 et de confiance passionnants. Certains ouvrages font de l\u2019\u00e9pilepsie leur sujet central tandis que d\u2019autres l\u2019\u00e9voque bri\u00e8vement, le temps d\u2019un chapitre par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc un corpus large en mati\u00e8re de sources, mais qui n\u2019est pas non plus ing\u00e9rable. C\u2019est un des objectifs des humanit\u00e9s m\u00e9dicales&nbsp;; mettre en exergue la grande diversit\u00e9 dans le rapport \u00e0 la maladie ou \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Comment s\u2019organise votre travail durant votre s\u00e9jour \u00e0 la Maison fran\u00e7aise d\u2019Oxford&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Bien que la crise sanitaire ait modifi\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience que j\u2019aurais pu avoir \u00e0 la Maison fran\u00e7aise, nous avons la chance d\u2019avoir une biblioth\u00e8que tr\u00e8s riche en litt\u00e9rature fran\u00e7aise qui permet de ne pas \u00eatre en difficult\u00e9 en cas de fermeture. J\u2019ai donc profit\u00e9 de ce s\u00e9jour pour me mettre en contact avec de nombreux chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale au Royaume-Uni, \u00e9tant donn\u00e9 que les humanit\u00e9s m\u00e9dicales y sont fortement implant\u00e9es. J\u2019ai donc eu l\u2019opportunit\u00e9 de m\u2019impliquer dans plusieurs r\u00e9seaux, de prendre part \u00e0 des s\u00e9minaires, que ce soit des groupes de lectures ou des conf\u00e9rences. Parmi ces rencontres, j\u2019ai notamment eu une correspondance r\u00e9guli\u00e8re avec Marie Allitt sur des questions de m\u00e9thodologie de la recherche en humanit\u00e9s m\u00e9dicales. Enfin, j\u2019ai la chance d\u2019\u00eatre codirig\u00e9e par Catriona Seth qui m\u2019a transmis des conseils tr\u00e8s pr\u00e9cieux en mati\u00e8re de carri\u00e8re ou de m\u00e9thodologie de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Je navigue donc entre ces trois espaces&nbsp;: la Maison fran\u00e7aise, le monde acad\u00e9mique Oxonien et les rencontres scientifiques parall\u00e8les facilit\u00e9es par les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Comment votre recherche s\u2019articule-t-elle avec les perspectives de l\u2019IRN Humanit\u00e9s m\u00e9dicales&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Mon travail avec l\u2019IRN est de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un espace qui permet d\u2019offrir aux doctorantes et aux doctorants un soutien et des moments d\u2019\u00e9changes. Durant ma premi\u00e8re ann\u00e9e de th\u00e8se, j\u2019ai pris conscience qu\u2019un tel espace n\u2019existait pas en France \u00e9tant donn\u00e9 que les humanit\u00e9s m\u00e9dicales n\u2019y sont pas institutionnalis\u00e9es. Il est donc difficile pour les doctorants d\u2019avoir ces moments de discussion comme on pourrait en avoir dans d\u2019autres laboratoires via des s\u00e9minaires doctoraux mensuels ou bimensuels. C\u2019est une chance incroyable que de participer \u00e0 la constitution de ce r\u00e9seau puisque cela me permet d\u2019\u00eatre en contact avec d\u2019autres doctorants de la discipline. L\u2019id\u00e9e est ainsi d\u2019y articuler la nouveaut\u00e9 de la discipline avec le stade de nos recherches pour affiner nos m\u00e9thodologies.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">En tant que coordinatrice de ce r\u00e9seau doctoral, comment imaginez-vous sa place au sein de l\u2019IRN&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Comme les humanit\u00e9s m\u00e9dicales sont encore jeunes, c\u2019est une chance pour nous de participer \u00e0 leur institutionnalisation et de proposer des directions et une impulsion particuli\u00e8re. Avec la r\u00e9cente cr\u00e9ation du site Web <a href=\"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/\">IRN Medical Human<\/a><a href=\"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/\">i<\/a><a href=\"https:\/\/irn-medical-humanities.org\/\">ties<\/a> et d\u2019un blog d\u00e9di\u00e9 aux doctorants, nous avons l\u2019espace pour nous approprier les outils de la discipline et pour d\u00e9velopper notre esprit critique. L\u2019id\u00e9e sera aussi de proposer des billets d\u2019analyse plus r\u00e9dig\u00e9s permettant de d\u00e9velopper des points qui m\u00e9ritent discussion dans notre recherche ou encore de faire une incursion dans une probl\u00e9matique qui nous questionne particuli\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une grande libert\u00e9 qui va n\u00e9cessairement appeler une certaine s\u00e9lection de notre part, mais on va pouvoir dans tous les cas proposer de nouveaux formats. C\u2019est ce qui me donne envie de m\u2019engager dans le r\u00e9seau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vous avez mis en place un webinaire au sein de ce r\u00e9seau, quelles th\u00e9matiques y abordez-vous&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est un webinaire m\u00e9thodologique en anglaise qui rassemble les doctorants et doctorantes en humanit\u00e9s m\u00e9dicales dont les institutions sont partenaires de l\u2019IRN. En constituant un tel r\u00e9seau, des formes d\u2019entraides \u00e9merge&nbsp;: telle personne apporte une r\u00e9ponse \u00e0 une interrogation pr\u00e9cise que je me pose dans ma th\u00e8se. Aujourd\u2019hui, le groupe est constitu\u00e9 d\u2019une dizaine de personnes tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9es et se rassemble r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 distance. Durant ces s\u00e9ances, chaque doctorant pr\u00e9sente son sujet de th\u00e8se et une difficult\u00e9 m\u00e9thodologique permettant \u00e0 terme un calendrier plus pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, ces s\u00e9ances ne sont pas enregistr\u00e9es&nbsp;: elles visent \u00e0 cr\u00e9er un espace de confiance o\u00f9 les doctorants se sentent \u00e0 l\u2019aise tout en conservant des th\u00e9matiques probl\u00e9matis\u00e9es. Cette dynamique a cr\u00e9\u00e9 des passerelles entre chaque s\u00e9ance. C\u2019est en somme un travail de co-construction associant l\u2019ensemble des participants. Nous avons pour l\u2019instant abord\u00e9 des questions d\u2019\u00e9thique de la recherche, de gestion du corpus, de m\u00e9langes de sources, (etc.), le tout \u00e9tant bien s\u00fbr propre au contexte des humanit\u00e9s m\u00e9dicales.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vous avez particip\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re journ\u00e9e des doctorants organis\u00e9e en janvier 2020, pouvez-vous nous dire ce que vous avez retenu de cette journ\u00e9e&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, une tr\u00e8s grande diversit\u00e9 des sujets et des profils qui pouvaient venir de disciplines tr\u00e8s vari\u00e9es au sein des humanit\u00e9s. J\u2019ai pris conscience de la richesse de ce qu\u2019on \u00e9tait en train de vivre, ce qui donnait davantage envie de s\u2019inscrire dans ce mouvement. Ensuite, quel que soit le parcours, la discipline ou le nombre d\u2019ann\u00e9es de th\u00e8se d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es, il y avait une ouverture d\u2019esprit et une exigence assez remarquable de la part des doctorants.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait donc un moment important pour \u00e9changer sur des questions tr\u00e8s concr\u00e8tes li\u00e9es \u00e0 la th\u00e8se&nbsp;: j\u2019ai h\u00e2te que nous pr\u00e9parions la prochaine journ\u00e9e doctorale et post-doctorale avec Carle Bonafous-Murat&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Au fait, pouvez-vous nous d\u00e9finir succinctement les humanit\u00e9s m\u00e9dicales&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Les humanit\u00e9s m\u00e9dicales sont un dialogue permanent entre la m\u00e9decine, les humanit\u00e9s et les arts, pour mieux comprendre les notions de sant\u00e9 et de soin. Quand on parle du monde du soin, cela fait allusion \u00e0 la maladie, bien entendu, mais aussi \u00e0 la sant\u00e9 qui d\u00e9passe le monde de l\u2019h\u00f4pital. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est le rapport au corps et au bien-\u00eatre qui est questionn\u00e9 \u00e0 travers de nombreuses traditions disciplinaires&nbsp;: litt\u00e9rature (pour ma part), philosophie, sociologie, anthropologie, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Les humanit\u00e9s m\u00e9dicales refusent ainsi les carcans et sont amen\u00e9es \u00e0 aborder les questions d\u2019acc\u00e8s au soin dans des r\u00e9gions touch\u00e9es par la pauvret\u00e9 ou par des conditions climatiques tr\u00e8s complexes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">De par cette d\u00e9finition, y aurait-il une sp\u00e9cificit\u00e9 des humanit\u00e9s m\u00e9dicales francophones, ou non&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence principale se situe dans l\u2019origine de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la question m\u00e9dicale. Dans le monde anglophone, c\u2019est le monde du soin qui s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 aux humanit\u00e9s avec par exemple la cr\u00e9ation de la m\u00e9decine narrative aux \u00c9tats-Unis. Tandis qu\u2019en France, ce sont les humanit\u00e9s qui sont all\u00e9es vers la m\u00e9decine avec l\u2019id\u00e9e de comprendre l\u2019exp\u00e9rience humaine dans la maladie. L\u2019origine de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la discipline est donc diff\u00e9rente, mais tr\u00e8s compl\u00e9mentaire. Aujourd\u2019hui, le principal probl\u00e8me auquel nous sommes confront\u00e9s en France est qu\u2019il y a un grand corpus th\u00e9orique anglo-saxon qui n\u2019est pas encore traduit. Les chercheurs francophones qui ne lisent pas l\u2019anglais se retrouvent cantonn\u00e9s \u00e0 des ouvrages d\u00e9j\u00e0 vieillissants d\u2019un point de vue anglo-saxon alors qu\u2019ils ont besoin aussi de s\u2019approprier la litt\u00e9rature scientifique actuelle. Une fois qu\u2019on aura eu l\u2019occasion de faire cela, on pourra trouver notre cap qui sera, je pense, davantage concentr\u00e9 sur les humanit\u00e9s et apportera un regard riche et critique n\u00e9cessaire \u00e0 la discipline. Je pense que cet int\u00e9r\u00eat grandira notamment parce que les Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s attach\u00e9s au syst\u00e8me de soin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pensez-vous qu\u2019il existe des comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques pour l\u2019\u00e9tude des humanit\u00e9s m\u00e9dicales&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Je pense qu\u2019il faut une grande ouverture d\u2019esprit et \u00eatre pr\u00eat \u00e0 sortir de nos disciplines d\u2019origine. Pour donner un exemple tr\u00e8s concret, je n\u2019ai pas besoin que de th\u00e9orie litt\u00e9raire dans mon travail de recherche, il me faut aussi lire de la sociologie ou encore de l\u2019anthropologie, ce qui n\u00e9cessite une grande capacit\u00e9 d\u2019adaptation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce dont nous avons le plus besoin en France c\u2019est d\u2019une formation en humanit\u00e9s m\u00e9dicales qui enseignerait cette ouverture et fournirait des cl\u00e9s pour aborder les textes fondateurs issus de disciplines vari\u00e9es. L\u2019autre avantage d\u2019une telle formation serait de donner une direction aux humanit\u00e9s m\u00e9dicales francophones, qui auront bient\u00f4t je pense un grand r\u00f4le \u00e0 jouer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quelques conseils pour des masterants qui envisageraient une th\u00e8se en humanit\u00e9s m\u00e9dicales&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Le premier conseil serait certainement d\u2019\u00e9changer avec des doctorantes et doctorants en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour percevoir la diversit\u00e9 de la discipline. Il existe en effet diff\u00e9rents courants et th\u00e9ories en humanit\u00e9s m\u00e9dicales dont il faut s\u2019imbiber pour mener sa recherche\u2026 Et pour cela, il est aujourd\u2019hui n\u00e9cessaire de parler et lire l\u2019anglais&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Propos recueillis par Peggy Cardon et C\u00f4me Saignol.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claire Jeantils est doctorante contractuelle au CNRS et \u00e0 l\u2019UMR Thalim o\u00f9 elle pr\u00e9pare une th\u00e8se de litt\u00e9rature fran\u00e7aise dans le champ des humanit\u00e9s m\u00e9dicales sous la direction d\u2019Alain Schaffner et la co-direction de Catriona Seth. 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